mercredi 22 novembre 2017

Mayana, de L.V. Ghilhain



Mayana m’a été proposé par @voyageusedesmot lorsqu'elle a appris qu’elle avait reçu le 3e prix au concours de Librinova. Ce prix lui permettait d'obtenir la publication numérique de son roman.

J’avais accepté avec plaisir de le lire en avant-première. Malheureusement, j’ai été prise par le temps. Ce n’est donc que pendant les dernières vacances que je me suis lancée dans sa lecture.

Mais de quoi ça parle ? 

Mayana est une jeune femme qui rêve de devenir guerrière de l'Empire, une élite de guerriers chargée de protéger l’Empire des menaces. Pour cela, elle suit une formation.

Malheureusement, le Seigneur d’Ivoire, qui cherche à s’emparer de l’Empire, met son village à feu et à sang. Mayana perd sa famille et se retrouve contrainte de fuir.

La jeune femme tente tout de même d’achever sa formation mais bien des obstacles lui mettent des bâtons dans les roues, à commencer par un jeune homme, dont elle ne sait plus bien si c’est elle qui l’a sauvé d’un redoutable dragon Infernus ou bien si c’est lui.

Longtemps prisonnière de cet homme sans trouver les moyens de s’enfuir, Mayana perd confiance en elle et en les autres. A qui peut-elle réellement se fier, parmi les nouveaux compagnons qui vont la suivre dans sa formation puis dans sa lutte contre le Seigneur d’ivoire ?

Qu'en ai-je pensé ?

Jai lu ce premier roman de fantasy avec plaisir, retrouvant ici et là les codes du genre.

Dexcellentes trouvailles narratives m’ont parfois impressionnée. Ainsi, la narratrice nous propose de prendre le chemin de ses souvenirs et de revenir avec elle sur les événements qui l’ont amenée là où elle est. J’ai aimé la poésie de ce moment. Et j’ai adoré me retrouver piégée, happée par ma lecture au point d’en avoir oublié la narratrice quand soudain, elle ressurgit à la fin du roman, d’une manière tout à fait inattendue.

Ma lecture a été facilitée par un récit plutôt rythmé qui donne envie de connaître la suite, Mayana tombant régulièrement de Charybde en Sylla.

Il était par ailleurs très intéressant d’aborder le thème de l’emprise par le biais de la métaphore fantaisiste. En effet,  comment ne pas voir, dans ce phénomène, un genre de sortilège mental, tissé par une personne malveillante pour emprisonner, aliéner et se subordonner l’esprit d’une autre  afin d’accroître sa propre valeur et de servir ses propres intérêts ?

Toutefois, le récit est encore maladroit. Si les codes sont bien repris, la mise en place de l’univers et des enjeux ne sont pas encore tout à fait au point. Les glissements d’une scène à l’autre ne sont pas toujours très clairs non plus.

Par ailleurs, il reste encore quelques soucis de langue à remédier.

Je pense donc que ce roman mériterait d’être retravaillé en bénéficiant des meilleurs conseils car ses points positifs sont souvent parvenus à me faire oublier ses maladresses. Cela promet !

samedi 18 novembre 2017

Le Collège noir, 1. Le Livre de la lune, d'Ulysse Malassagne



Petite découverte en librairie. J'ai été attirée, dans le rayon jeunesse, par le dessin tout rond des personnages et par l'ambiance sombre de la couverture. 
Le décor est planté : un petit collège isolé, bâti autour d'une église, pendant les grandes vacances. Peu d'enfants restent à l'internat ; la surveillante n'est pas très regardante, tant que leurs activités estivales ne font pas de vagues et la laisse tranquillement bichonner sa machine. 
Le narrateur, à présent plus âgé, compte nous raconter les effroyables aventures de sa jeunesse. 
C'est la disparition d'un camarade de classe qui va être à l'origine de tout, et surtout du courroux d'une sorcière aux pouvoirs terrifiants.
A cause de sa malédiction, les enfants sont condamnés à être harcelés par des créatures nocturnes, toutes plus difformes et horribles les unes que les autres.

Bref, un univers bien sombre, mais...
L'intrigue est assaisonnée à de l'humour et le groupe d'enfants ne se laisse pas faire, il brave les interdits et n'hésite pas à expérimenter ce que les adultes lui refusent d'habitude.
Les chapitres sont courts et enlevés. Le tout est d'ailleurs assez proche d'une saison de série, avec de micro-épisodes, qui relatent la rencontre du club des 5 fantastiques avec les sbires envoyés par le méchant. Les dangers semblent bien réels. 
Les personnages sont représentés avec des traits simples mais très expressifs : un dessin tout en efficacité.
Les méchants sont vraiment laids, à la fois fascinants et rebutants.
Parmi les héros, se démarquent Krum, le personnage aux gags, Step, celui qui détient le savoir et l'audacieuse et optimiste Mes. Mais Ouss alors ? Peut-être sera-t-il davantage traité dans le prochain volume ?
Je recommande donc fortement le Collège noir à qui veut frissonner avec délice !

dimanche 12 novembre 2017

La bienveillance est une contamination positive.


A le voir à tout bout de champ dans les médias, utilisé à toutes les sauces, on pourrait penser que le mot est passé de mode. 
- Encore un coup de communication qui passera aussi vite que les bonnes résolutions !

A se l’entendre répéter dans l’Education Nationale, on est tenté de passer à l’extrême inverse, tant on sait que la bienveillance ne s’enseigne pas avec des mots mais avec des actes. 
- On ne peut tout de même pas demander à ceux qui n’en ont pas bénéficié de prodiguer ce qu’ils n’ont jamais connu !

Et pourtant, la bienveillance recouvre une réalité bien douce : celles des gens qui veulent du bien.

A une époque où on se méfie d’un homme au comportement suspect dans un aéroport, où on baisse les yeux dans la rue pour ne pas donner l’impression de provoquer ou pour ne pas voir la misère du trottoir, où on demande aux employés d’être aussi performants que le plus performant d’entre eux, où l’intelligence ne semble exister que lorsqu’elle rabaisse et agresse autrui, où on attaque quelqu’un pour son sexe, sa préférence sexuelle, son pays d’origine ou sa religion, être gentil, c’est prendre le risque de se faire dévorer tout cru ou de passer pour le dernier des niais. 
- Nous ne sommes pas des animaux, ça non ! 
Mais comme le monde tombe vite à bras raccourcis sur les plus faibles, les plus vulnérables ! 
- Gardons-nous donc de montrer la moindre faiblesse, de peur que quelqu’un l’utilise contre nous ! Vite ! Forgeons-nous une carapace inexpugnable, faite de force factice, d’efficacité de surface et d’inébranlables certitudes !

Mais voilà qu’un jour, tu te sens faible et que tu peines à le cacher. La souffrance est importante et elle augmente d’être subie en silence. S’y ajoutent la culpabilité de n’être plus aussi performant, la peur de ne plus être légitime et que ton imposture soit découverte.

Alors que tu dévoiles malgré toi tes faiblesses, parce que le filtre que tu avais posé entre le vrai toi et l’extérieur ne fait plus effet, tu t’aperçois avec étonnement que l’autre te renvoie ton reflet. A la souffrance que tu lui révèles, il associe la sienne. Et vous voilà, lui et toi, partageant en toute sincérité une vulnérabilité commune.

C’est alors que le voile est levé. L’autre se cache comme toi, tu te caches. Il n’est pas sans faille ; seulement, il ne les partagera que s’il te sent réceptif à sa souffrance, bienveillant envers lui.

Dès lors, tu regardes les gens autrement : le fanfaron cache son manque d’assurance derrière ses pantalonnades ; l’agressif attaque de peur d’être attaqué ; le renfermé redoute d’en trop dévoiler et de se mettre à nu ; le râleur chronique ne sait peut-être plus parler autrement qu’en critiquant...

Tous cherchent à être aimés et respectés. Tous méritent d’être aimés et valorisés, car il y a vraiment peu de véritables méchants dans ce monde. Il y a des fous, des opportunistes, des égoïstes, mais peu de gens qui font preuve de méchanceté gratuite.

C’est juste qu’ils ne savent pas qu’une autre voie est possible, que montrer sa propre vulnérabilité, c’est offrir aux autres la possibilité d’être eux-mêmes vulnérables, que leur vouloir du bien, c’est déjà leur faire du bien, tout en leur révélant la marche à suivre pour faire le bien à leur tour.

Il y a un film que j’aime beaucoup et qui démontre tout ça ; il s’intitule Un monde meilleur. Un jeune garçon, qui évolue dans un univers un peu triste, imagine un système qui permettrait de rendre le monde meilleur : il suffirait d’aider de manière désintéressée trois personnes, qui, à leur tour, viendraient au secours de trois autres personnes. Le film montre comment cette simple idée transforme la vie de l’entourage du garçon.

Et vous savez quoi ? C’EST POSSIBLE. 
Sans passer par ce système un peu contraignant, il suffit d’avoir une attitude bienveillante au quotidien pour amener d’autres à devenir bienveillants. Comme l’indique le Flow de ce mois-ci, dans son article « Bonjour gentillesse », « être gentil incite les autres à faire de même :(...) cela crée un effet ricochet, jusqu’à trois degrés de séparation.
L’ayant intuitivement compris, j’ai tenté il y a quelques années de répandre moi-même la bienveillance, comme une contamination positive. J’ai ainsi pris l’envers d’une mauvaise habitude d’éducateur : j’ai cessé d’être systématiquement dans la critique et ai commencé à souligner les points positifs d’une attitude, d’un travail chez mes élèves, mais aussi chez mes collègues de travail, mes supérieurs hiérarchiques, les commerçants chez qui je faisais mes emplettes... 

Ainsi, j’ai pris l’habitude de sourire aux gens, de leur faire des compliments sincères, de les remercier à leur juste valeur, d’encourager leurs efforts, même les moindres. Et devinez quoi ? Non seulement ça m’a fait du bien à moi, de relever le positif au quotidien, mais ça a aidé certains de mes élèves à prendre confiance en eux, si bien qu’ils ont fait des progrès.  J'ai aussi constaté que mes élèves étaient heureux de venir en cours, qu'ils formaient un groupe plutôt soudé. J’ai également vu mes collègues se détendre et se montrer eux-mêmes plus positifs et épanouis, jusqu’aux parents des enfants que je ne croisais qu’à de rares occasions, qui me faisaient des retours positifs. J’étais en train de contaminer positivement mon entourage, à mon échelle ! Imaginez alors que cet entourage fasse de même ! Quel beau virus !
Alors, je continue : un mot gentil sur une tenue, une coupe de cheveux..., un encouragement à celui ou celle qui peine un peu, des félicitations à celui ou celle qui réussit, un peu d’aide à qui en a besoin (une porte à tenir, un objet à ramasser, un message à donner...), je défends celui ou celle qu’on exclut ou dont on se moque en invitant à imaginer la souffrance qu’il peut ressentir. 
Je m’implique.
S’il est vrai qu’il suffit d’un adulte, même côtoyé un bref instant, pour aider un enfant à se construire, s'il est vrai qu'un sourire ou un mot gentil peut changer le cours d'une journée de quelqu'un, alors je me dis que ma bienveillance n’est pas vaine, même à mon échelle. 

dimanche 5 novembre 2017

Derrière le cri, d'Alexandre Lemasson


Tout est parti d’un malentendu. Le résumé présenté sur la page de la Masse Critique, mal lu peut-être, m’a fait penser au Cercle des Poètes Disparus : un professeur inattendu initie un jeune homme à la beauté et à la puissance des mots. Le titre vient appuyer mon hypothèse : Derrière le cri. Où n’ai-je pas vu qu’il était mentionné « poésie »?

J’écris de la poésie mais jamais n’en lis d’autre que la poésie classique. J’aime le corset des siècles derniers avec lequel les poètes ont fait corps et se sont battus. J’aime que leurs langues transcendent le genre et les gens, qu’ils touchent à ce qu’il y a d’universel.

Aujourd’hui, la poésie semble s’abstraire des codes, s’abstraire du sens. Lire de la poésie contemporaine exclut car elle parle à demi-mots un langage crypté. Une amie me disait l’autre jour : « Je n’aime pas me sentir bête quand je lis. Or je ne comprends rien à la poésie d’aujourd’hui. »
Quand donc je reçois le livre, je m’aperçois, ô stupeur !, que c’est de la poésie pour laquelle j’ai posé candidature : Oups !
L’ouvrage traîne sur les meubles, pas trop à découvert, pas trop caché non plus : j’ai désormais un mois pour le lire.
Et je m’y colle.
Et...
Quelle claque !

Je joue le jeu aussi : je lis à voix haute, pour savourer les jeux sonores, les ruptures de rythme. Cela m’aide un peu à raccrocher ensemble des mots séparés par l’espace, à peine réunis par un point. Cela parle, confusément. Je doute de ce que je comprends. Alexandre Lemasson m’aurait-il offert un miroir pour que j’y voie mes propres ruminations ? Je m’inquiète : à interpréter dans mon sens, je risque fort de davantage me dévoiler que de rendre compte du recueil de poésies. C’est risqué.
Mais tant pis. Je me lance.
Le titre ne ment pas : je me retrouve bien Derrière le cri, c’est-à-dire derrière ce qui ne se dit pas, l’innommé, dirait sans doute Alexandre Lemasson. Le cri représente ce qui, dans la souffrance, est viscéral. Or, le corps apparaît à toutes les pages de ce recueil.
Mais ce corps s’articule aux ruminations, puisque, comme le sous-titre l’indique, il s’agit là d’ « un traité de rumination ».
Pas forcément folichonne, la pensée qui s’y dévide. Et elle tourne en boucle. Les mots se répètent.
Peu à peu, on descend dans les méandres. La souffrance, la culpabilité hantent les pages, au gré des jours et des nuits qui jalonnent le recueil. L’acte sexuel est très présent, lié au désir de s’échapper, sans cesse renouvelé, mais teinté d’un sentiment diffus de profaner ? de fuir ?
Alexandre Lemasson se met à nu, au propre et au figuré. Tout n’y est pas beau : c’est viscéral, cru, impudique, comme les pensées qui s’enroulent au fil des pages. J’y ai décelé une souffrance quotidienne, d’homme, et de femme, dont l’acte d’amour est vain (miroir, ô miroir...).
Le poète s’adresse à un « tu » qui semble souvent être la femme aimée mais qui a l’air d’être lui-même, ou d’autres encore.
Ce sont les poèmes en "Je" que j’ai le plus savourés : plus directs, plus violents. Le poète s'y fait remontrance ; il se cache moins derrière la poésie.
Ecce homo, voici l’homme, comme il est, être de désir, s’interrogeant sans cesse et souffrant de vivre autant que de voir mourir.
On peut résumer l'art poétique d'Alexandre Lemasson avec ce dernier poème :
     

Extraordinaire rencontre donc, pas évidente a priori, mais qui interroge et invite à jouer avec les mots :

mercredi 1 novembre 2017

Interrogations sur l'auto-édition

Pour commencer, je tiens à préciser que c’est en tant que lectrice habituée à l’édition traditionnelle que j’aborde cet article. J’ai lu quelques livres auto-édités, mais assez peu encore, et il m'en reste plusieurs à lire dans ma liseuse. 
Néanmoins, j’ai un avis, qui m’a empêchée jusque-là d’ajouter le logo « Je lis des auto-édités » sur mon blog et m’a amenée à refuser plusieurs propositions de SP auto-édités. 
Mais, ce n'est qu'une opinion temporaire, qui cherche davantage à vous faire part de mes interrogations et à susciter chez vous une réponse qui, peut-être, me permettra d'évoluer dans ma relation aux auto-édités. 


Voici donc, en gros, les aprioris que je traîne sur l’auto-édition. 

La caractéristique majeure de l'auto-édition est que l’auteur.trice doit assumer toutes les casquettes. C’est sans doute une bonne chose pour celles et ceux qui désirent maîtriser de bout en bout leur projet. Toutefois, cela nécessite des compétences très diversifiées que tous.tes n’ont pas. 

Outre l’écriture elle-même sur laquelle beaucoup de choses pourraient être dites également (Sur ce point, je vous laisse vous reporter à l’excellent article d’Agnès Marot...) l’auteur.trice doit avoir assez de recul  sur son oeuvre pour se relire. Il arrive que pour cette étape, il ou elle fasse appel à des bêta-lecteurs.trices, qui assument alors le rôle des relecteurs.trices traditionnel.le.s.
Lors de cette étape doivent être, entre d'autres :
  • corrigées les approximations de langage (J’ai ainsi trouvé « affirmer sa position » au lieu d’ « affermir sa position », dans un contexte guerrier), 
  • les erreurs de syntaxe (J’ai ainsi vu des phrases qui n’en étaient pas.) 
  • et d’orthographe (Aïe, les homophones et les accords du participe passé !😳), 
  • allégées les phrases alourdies par les adverbes et les prépositions répétées ou mal utilisées...
Malgré ses habitudes de lecture, il n’est pas certain que lui ou elle, ou encore son ou sa bêta-lecteur.trice, soit à même de repérer tout ça. C'est là qu'un.e relecteur.trice, formé.e à cela, se révèle bien utile, je trouve.

D’autre part, l’auteur.trice auto-édité.e doit aussi enfiler sa casquette d’éditeur.trice. Le voilà donc parti à mettre en page, à organiser le fichier, à présenter les 1ère et 4ème de couverture... C’est aussi un sacré travail, qui réclame des connaissances spécifiques. 

Personnellement, je suis tatillonne sur mon confort de lecture : un texte non justifié à droite aura tendance, selon moi, à mettre en évidence l’amateurisme de son auteur.trice. Par ailleurs, je suis très sensible à la 1ère de couverture (la fétichiste, le retour !😜). Elle doit être belle, bien calibrée et les informations doivent être visibles sans difficulté (titre, auteur...). N’oublions pas que son objectif premier est de donner envie de lire ! L’image choisie est donc très importante ; elle doit à la fois synthétiser l’histoire et intriguer le ou la lecteur.trice. Pour moi, elle doit susciter l'imagination, inviter à un voyage. Tout y est symbole du roman, de son intrigue et de son esthétique : les formes choisies, les éléments de l’image, sa taille et sa place sur la couverture.
Or, si je sais reconnaître une belle couverture, je serais sans doute moi-même  bien incapable d’en fabriquer une digne de ce nom. C’est ainsi que certaines couvertures d’auto-édités m'ont davantage fait l'effet d'un repoussoir que d'un argument d’achat. 
La 4e de couverture est aussi un exercice difficile, qui  me semble plus facile à faire par quelqu'un d'extérieur à l'écriture, car il faut donner assez d'informations sur l'histoire et son genre pour inspirer, tout en proposant un texte court et suffisamment ouvert pour amener à ouvrir le livre.

En grande habituée de l’édition traditionnelle, je m'aperçois que je ne suis pas particulièrement bienveillante sur tous ces points et me demande même si je devrais l’être. Faudrait-il, parce qu'il s'agit d'auto-édités, adopter une attitude différente envers eux qu'envers les édités traditionnels ? Ainsi, un livre qui présentera l’une de ces faiblesses risque fort de me tomber des mains, définitivement. Je pourrais être amenée à penser qu’il n’est pas abouti, que c’est un premier jet non retravaillé, ou pas assez.

Le travail de promotion est également à charge de l'auteur.trice. Et encore une fois, cela demande du savoir-faire : quand promouvoir son oeuvre ? De quelle façon ? A partir de quel moment la promotion est-elle bien dosée ? A promouvoir soi-même son roman, ne risque-t-on pas de passer pour un.e égocentrique, voire un.e mégalomane, qui pense que son livre est LA pépite à lire, qui révolutionnera les esprits ?

Bien sûr, on pourra me rétorquer que bon nombre de romans édités de manière traditionnelle ont une couverture moche, une intrigue nulle, pas assez travaillée, sans enjeu majeur, présentant des personnages auxquels on ne parvient pas à s'attacher et une mise en page pas toujours au point... Et on aura raison. Je vois passer régulièrement (de plus en plus ?) des erreurs d'orthographe dans les édités que je lis et j'ai déjà repéré des soucis de mise en page, qui témoignent parfois d'un travail bâclé. 
Néanmoins, quand le travail d'édition est bien fait, j'ai le sentiment d'avoir une garantie sur lecture, que je n'ai pas l'impression de trouver dans le vaste marché de l'auto-édition. Par ailleurs, il va sans dire que je sélectionne forcément mes lectures. Or je m'interroge : comment sélectionner correctement une lecture d'auto-édité ? Ses lecteurs sont-ils vraiment impartiaux ? N'ont-ils pas été trop bienveillants parce que c'est précisément auto-édité ?

Je suis consciente que mon article est long et qu'il ne semble pas en faveur de l'auto-édition, mais il témoigne simplement d'une réflexion en cours. Je suis d'ailleurs en train de lire un livre auto-édité et pour la première fois depuis longtemps, j'ai accepté plusieurs SP auto-édités.😊 

N'hésitez pas à me montrer que j'ai tort, à souligner des erreurs de jugement. Cet article n'est pas un arrêt, c'est un appel à la conversation ! 😉

mardi 31 octobre 2017

Futura Nostalgia, de Tony Sandoval


Attirée par le bel oxymore latin du titre (une future nostalgie) et par les couleurs sépia de la couverture, j’ai embarqué, à la suite de Tony Sandoval, pour des chroniques adolescentes mêlées de fantastique.

Parfois, je trouve le dessin laid,
d’autres fois j’y trouve une beauté de tableau, contemplative.
   
A certains moments, je me perds dans le fil de la narration. Je passe d’une planche à l’autre en me demandant quel est le lien, ce que j’ai bien pu rater.
 
Je suis surprise par la crudité des images évoquant le sexe et des mots de la grenouille, qui n’est pas « vulgaire » mais a « juste une vocabulaire légèrement charretier ». Le désir est suggéré, affirmé, montré.


Plusieurs passages sont étonnants. Je n’ai pas su comment les comprendre : métaphore des sentiments ? 
Analyse graphique d’une situation ? 
 
Mise en abime de la création de la bd ?
 
En tout cas, cette bande dessinée (1er tome sur 6) m’interpelle et m’intrigue. Son esthétique est étrange, mais belle (En fait, elle présente un style identifiable qui manque souvent aux bds standardisées). Je sens par ailleurs que je ne suis pas habituée à ce type de narration, qu’il relève d’un style propre à l’auteur ou d’une culture que je ne connais pas (une particularité de la culture mexicaine ?). J’aime aussi le personnage féminin, dont on partage les émois tout en le contemplant comme une œuvre d’art. Et puis, je veux savoir quel est le lien entre la grenouille qui parle, l'homme assis sur un nuage sombre et les adolescents.

jeudi 12 octobre 2017

Pourquoi je commence à apprécier Stephen King


    Avant (Mais ça, c’était avant !😜), je me disais que les livres de Stephen King, c’était bien, mais gore. J’avais lu Carrie et son seau de sang de porc, Simetierre et ces cadavres ambulants, Rose Madder et sa traumatisante raquette de tennis. 

  J’avais trouvé la narration de Carrie mal fichue, les différents témoignages la morcelant et la rendant trop froide à mon goût. Simetierre reste un bon souvenir, des scènes affreuses mais qui traitent des thèmes récurrents chez l’auteur de la route assassine et surtout de la difficulté de faire son deuil. Quant à Rose Madder, je l’ai trouvé long et il m’a confortée dans l’idée que Stephen King aimait trifouiller scrupuleusement dans la perversite mesquine des êtres humains...


   Mais il y a eu les adaptations et cet ami, un rien psychopathe sur les bords, fana absolu du « Maître », selon ses propres mots 🙄.

    Je voulais donc voir "Ça" fin Septembre (EXCELLENTE ADAPTATION) et la série "22.11.63", avec le délicieux James Franco (pas vue encore...😭).


  
Affiches obtenues sur le site d'Allociné http://www.allocine.fr   

J'ai donc lu Ça peu avant les vacances d’été, puis j’ai récemment dévoré un autre pavé : 22.11.63.



    
Couvertures obtenues sur le site de la Fnac https://livre.fnac.com

  Ces deux livres ont certains points communs très appréciables qui m’ont fait découvrir le Stephen King que j’aime bien.
     D'abord, les deux présentent la ville comme un organisme vivant. Dans Ça, Derry est une ville malsaine, où toutes les perversions sont alimentées depuis la nuit des temps par une force obscure : les individus y deviennent irrémédiablement bourreaux ou victimes. Dans 22.11.63, après avoir pris brièvement le pouls de la malaisante Derry, Jake Epping rejoint Dallas, une ville tout aussi corrompue, où l’on se suicide, où l’on tue, où la misère côtoie les rêves tordus de grandeur d’un minable Lee Harvey Oswald.
     Chacun de ces livres cherche par ailleurs à nous faire vivre une époque. Dans Ça, on revit l’enfance, les errances de l’été, le groupe de copains, l’affrontement des petites terreurs, les premiers émois. Tout prend à la fois un caractère sacré et définitif ; chaque petit ou grand événement devient une initiation vers l’âge adulte. Dans 22.11.63, c’est la fin des années 50, début des années soixante que Stephen King nous fait revivre : les nuages de fumée dans les maisons et les voitures, les coupes courtes et propres des hommes, les odeurs et les saveurs de l’époque, la musique et la danse. L’auteur nous invite à la nostalgie en invoquant nos sens : nous nous y retrouvons avec plaisir ; nous revisitons une enfance perdue, nous vivons dans un passé quasi-idyllique (Même si Stephen King nous montre le côté moins propre des années 60, on ne peut que constater que notre époque est terne et triste en comparaison.)
       Dans les deux cas, le « Maître » nous offre une catharsis : et s’il nous était possible d’affronter nos anciens démons et de les surmonter pour libérer les adultes que nous sommes ? Et si nous pouvions intervenir dans les tragédies du passé et changer la vie de ceux qui en affrontent aujourd’hui les conséquences ? Et si nous pouvions annuler le meurtre de J.F.K. et ainsi offrir aux États-Unis la possibilité de poursuivre sa prospérité et de contrevenir aux mauvaises décisions politiques ?
    Sur la base de ces hypothèses, Stephen King met en scène une multitude de personnages dont on suit le parcours sur des années, voire des décennies. On s’attache à eux, on veut savoir ce qu’ils vont devenir. On tremble d’apprendre que Derry, ou « le passé (qui) ne veut pas être changé », aura eu leur peau. On a peur pour Bill, dont l’amour pour son petit frère perdu est si touchant ; on rit avec Richie ; on s’inquiète pour la belle et maladroite Sadie, dont le passé s’enlace à celui de Jake, dans une danse dont elle ne sortira sans doute pas indemne ; on goûte le triomphe d’une danse bien menée lors d’un bal de fin d’année.

    Stephen entrelace tous les fils avec brio, les fragiles destinées humaines à la grande trame d’une mythologie cosmique, les petits tracas et réjouissances quotidiens à la grande épopée de l’Histoire. Le lecteur n’a plus qu’à se laisser porter, entre horreur et attendrissement, larmes et rires, au fil des pages.

     Avant, je me disais : Stephen King a de bonnes idées ; il flaire les problématiques actuelles mais ne les approfondit pas toujours ; c’est un écrivain particulièrement prolifique mais tout n’est pas toujours de bonne qualité.

   Aujourd’hui, je pense que certains de ces livres sont de petits chefs-d’œuvre, qui allient tout ce qui fait l’intérêt de la lecture : le récit des trajectoires de personnages attachants, la sensation d’une vie qui pulse à nos yeux et à nos oreilles, des voyages fantasmés, de grandes questions existentielles abordées par le biais de métaphores fantastiques.