mercredi 14 février 2018

Meg Corbyn 3 - Gris présages, d'Anne Bishop



Attention ! Il s'agit d'un tome 3 !!! Risque de spoilers !!!



Dans le tome précédent, les Autres ont libéré les Cassandra sangue des institutions où elles étaient détenues. Cela a de graves conséquences, car des Cassandra sangue sont ainsi abandonnées sur les routes par des humains, qui redoutent les foudres des Autres. L'ennui, c'est que ces jeunes femmes, ou filles, longtemps retenues en captivité, ne sont pas du tout adaptées au monde extérieur : la situation est donc explosive. Meg et les Autres redoutent que les Cassandra sangue ne mettent fin à leur jour.

Par ailleurs, le mouvement HAT, les Humains Avant Tout, prend de l'ampleur et conspire pour mettre les humains à bout et les amener à affronter les Autres.




En me plongeant dans ce tome 3 de Meg Corbyn, je me dis : "Quel plaisir de me retrouver sur Namid, la terre des Autres, au sein de l'enclos et de sa communauté !"

Mais ! 
Mais ?
Nous ne sommes plus seulement dans l'Enclos ! Il n'est plus uniquement question des créatures de l'Enclos, que j'ai appris à apprécier : les Loups, Simon et Sam, les Poneys gourmands, les Elémentaires, les Corbeaux et le Grizzly, les Sanguinati... Il n'est plus uniquement question de l'adaptation de Meg Corbyn au sein des Autres. Je suis déçue. Je me sentais chez moi, dans l'Enclos de Lakeside ! 😢

(Ci-dessous, petit dialogue schizophrène avec moi-même:)
- M'enfin ! Fallait s'y attendre un peu ! Anne Bishop a commencé à élargir les horizons dans les tomes précédents. Son intrigue, surtout, devait forcément aboutir à des enjeux plus importants qu'une simple ville, une simple communauté, voire un simple continent !
- Moui, je sais, mais...😥
- M'enfin ! Il était inévitable que la libération des Cassandra Sangues aie des répercussions ! Les Autres ne pouvaient pas les libérer sans recevoir la responsabilité de leur survie ?!
- Moui, je sais, mais...😥
- Et le mouvement HAT n'est pas nouveau ! Dans le tome 2, on a déjà croisé son affreux mais séduisant leader Marc Griff, quand l'inspecteur Monty s'inquiétait de ne jamais revoir sa fille, dont la mère, nouvelle conquête de Marc Griff, conservait jalousement la garde !
- Je sais...😥



L'enchaînement est logique, je le reconnais, toutefois ce tome devient par là même bien plus complexe que les autres : beaucoup d'intrigues se mêlent, ce qui perd le lecteur (En tout cas, MOI, ça m'a perdue.), et ce qui affaiblit également la narration.

D'accord, il était difficile d'écrire autrement le tome 3, quand le tome 2, invitait déjà à tirer les fils du mouvement HAT et des Cassandra Sangues, mais je pense tout de même qu'Anne Bishop a commis là une maladresse. 

D'une part, son univers, (extrêmement bien construit, pas de doute là-dessus), s'élargit trop vite : il était encore possible de le développer sur quelques tomes, uniquement à l'intérieur de la ville de Lakeside et du continent Thaïsia. 

D'autre part, il est assez visible qu'Anne Bishop a éprouvé des difficultés à rattacher tous les fils des intrigues qu'elle avait développées jusque-là. Il y a des points qui pêchent dans sa narration. D'abord, l'enquête du tome, autour de l'ours Bouh (dont, somme toute, je trouve l'idée excellente!), est menée de manière maladroite. A plusieurs reprises, j'ai dû relire les raisonnements des policiers et des Autres pour comprendre d'où venaient leurs hypothèses et comment ils avaient perçu les enjeux réels. Honnêtement, ces raisonnements tombaient souvent comme un cheveu sur la soupe et ne semblaient pas cohérents avec l'avancée de l'intrigue. Selon moi, ils ont été plaqués à certains endroits du livre, sans vraiment prendre la peine de créer du lien avec le reste de l'histoire. Ensuite, le problème soulevé par les Cassandra sangues, arrive beaucoup trop tard. Il semble être davantage un prétexte, envisagé a posteriori par l'autrice.

(Ci-dessous, petit dialogue schizophrène de l'autrice, au moment de l'écriture du tome 3 :)
- Bon, les prophétesses de sang ont été libérées dans la nature ! Quel pourrait être leur souci premier ? Hum ? Je me le demande !
- Mais c'est bien sûr ! L'adaptation ! 
- Ok ok. Maintenant, comment on va régler le problème ? 
Bah, avec l'expérience de Meg Corbyn, évidemment ! 
- D'accord, d'accord, mais ça remonte à deux tomes déjà : les lecteurs ne vont plus s'en souvenir ! Et puis, il faut encore leur parler de Meg Corbyn, car ils l'aiment bien, Meg Corbyn ! Elle doit donc se retrouver en difficulté ! 
- Tiens ! Et si, tout à coup, elle aussi souffrait de surstimulation cognitive ? Et si elle pétait les plombs, parce qu'elle ne pouvait plus enregistrer trop d'informations à la fois ? 
- Bah oui ! Les Cassandra sangues ont été enfermées, encadrées de telle sorte qu'elles ne puissent pas se distraire des prophéties à délivrer ! Forcément, l'adaptation au monde extérieur serait brutal, voire traumatisant ?!!

Je veux bien, moi, mais il ne faut pas oublier que ça fait déjà quelques mois que Meg Corbyn se trouve dans l'Enclos ; s'il avait dû y avoir des soucis de surstimulation cognitive, il aurait déjà dû y en avoir des signes, dans les autres tomes ! 

Bien sûr, Meg Corbyn a choisi de s'échapper, donc elle avait une longueur d'avance sur les autres cassandres, qui elles, n'avaient pas choisi d'être libérées dans le monde extérieur. Cette distinction pourrait lui avoir permis de s'adapter sans trop de heurts. Mais voilà qu'Anne Bishop lâche le mot : Meg Corbyn est l'"Eclaireuse", "l'Elue", celle qui ouvrira la voie aux autres ! Alors, là, je vais faire comme Julien Lepers : JE DIS NON. L'explication est beaucoup trop simple. Ce point n'a pas été suffisamment mis en avant dans les autres tomes, c'est tout. En plus, c'est complètement bancal : Meg Corbyn a mis des mois à s'habituer à la vie à l'extérieur, et là, on veut résoudre le truc de suite, alors que les filles ne sont dehors que depuis quelques jours ? 😳😤

Vous avez compris : la narration est assez mal menée dans ce tome-ci. Mieux, je pense qu'Anne Bishop était plus ou moins consciente que son tome 3 était laborieux, car Simon, l'un de ses principaux caractères, ne cesse d'avoir envie de reprendre sa peau de Loup pour échapper au trop-plein de soucis humains.😏 En même temps, il faut reconnaître que les tomes 1 et 2 étaient très ambitieux...

Toutefois, il y a un point que j'ai particulièrement apprécié dans Gris Présages : c'est la manière, décalée, souvent comique, dont les Autres interprètent le comportement humain. J'ai trouvé que l'autrice traitait magnifiquement bien l'écart de conceptions entre les êtres humains et les Autres. 

Je me souviens qu'Anne Bishop avait très bien su mettre en avant le caractère commère et vénal des Corbeaux dans le tome 2. Dans ce tome 3, ce serait plutôt le point de vue des Loups qui serait adopté. Bien sûr, l'autrice a déjà abordé leur odorat et bien d'autres points, mais ici, il était absolument tordant de voir comment les Loups avaient une envie viscérale de mordre un bon coup pour régler un souci d'éducation ou de conflit ! 😂


J'ai pris beaucoup de plaisir à me replonger dans l'univers de Meg Corbyn, même si j'ai regretté que la narration soit moins centrée sur son personnage principal et son entourage direct. Un peu déçue par le traitement narratif tortueux des différentes intrigues, j'ai quand même beaucoup apprécié l'humour apporté par le regard des Autres sur le comportement des êtres humains.



dimanche 11 février 2018

Le péril Groumpf, Les Lutins Urbains, T4, de Renaud Marhic






C’est @Voyageusedesmot qui va être contente : me voilà à commencer une série par le tome 4 ! 😉 Mais ce n'est pas sans raison ! D'habitude, je suis plutôt bien disciplinée : je commence par le début, hein ? 😝Contactée par Renaud Marhic, l'auteur des Lutins Urbains, séduite par les précédentes critiques, mais aussi par la lecture des quelques extraits qu'il m'avait envoyés, j'ai accepté de lire Le Péril Groumf.



Alors qu’il est au service Sécurisation et Bien-être du Président, Gustave Flicman assiste au kidnapping du seul doudou qu’il ne fallait pas voler au seul propriétaire qu’il ne fallait pas détrousser : le doudou serpent du pacha-héritier, le capricieux fiston du Pacha Directeur Général du Pépettochistan ! Et le voleur est un... euh... un yéti ! ?... 


Forcé de reconnaître qu’il a bien vu la créature, Gustave se retrouve contraint de jouer les chauffeurs pour Groumf (Mais non, mon jeune ami ! Ce n’est pas un yéti mais le voleur suprême des doudous des bambins !) et son bon ami, le Troll aux pieds qui puent. En chemin, il devra bien trouver le moyen de dérober au gros monstre poilu le serpent en peluche. Les enjeux sont de taille : on risque la 3e guerre mondiale et, visiblement, une petite révolution domestique aussi, chez les Flicman (Je sais pas, moi : ses innombrables sœurs ne m’ont pas été présentées !)


Comble du comble, le professeur d’Onirie, un autre hurluberlu, avertit Flicman que le yét.... non le Groumf altère la réalité !





D’abord, j’ai été agréablement surprise par l’objet dont la couverture, d’un orange pétant, est rigide. Ah ! Quel plaisir ! Tous les livres pour enfants devraient être ainsi, afin de ressembler à une vraie invitation à la lecture ! Le titre, comme la couverture, annonce facéties et aventures. Des illustrations ponctuent le récit et en renforcent l’humour.



Ensuite, je trouve le style de Renaud Marhic pétillant. Ses dialogues sont enlevés. Il sait parfaitement jouer sur les différents registres de langue et ne recule jamais devant un bon mot, une petite allusion ou même une petite blague. Ses notes de bas de page (qu’il rebaptise Psiiiiiit !) - Vous savez ?, ces affreux commentaires extrêmement pointus que tout le monde déteste en vrai parce qu’ils vous font perdre le fil de l’histoire, mais dont vous besoin quand même pour éclairer le contexte gnagnagna... -, sont délicieusement drôles ! L’auteur s’adresse à ses lecteur.ice.s, leur rappelle les tomes précédents : Mais siiiii, tu sais ? Machinnnnnn !, digresse pour le plaisir, voire nous fait tourner en bourriques. Enfin, il n’hésite pas à mélanger les genres, celui du conte, celui du roman policier ou du thriller, le roadtrip, le fantastique, allant même jusqu’à revisiter le roman picaresque de Don Quichotte.



L’univers est truculent, aussi coloré que la couverture du livre. L’imagination de l’auteur est sans fin, tant elle joue sur le folklore (Un lutin pour chaque petit désagrément !) et sur la parodie. En effet, Renaud Marhic en profite pour écorcher un peu notre société en poussant la sponsorisation jusqu’au bout : les commissariats sont rebaptisés par le nom d’un sponsor, qui n’est pas sans faire penser à des marques de sport bien connues. La modernisation, elle aussi, est poussée jusqu’au bout : la technologie parle, conseille, intervient à tout bout de champ et l’humain l’écoute respectueusement, sauf quand elle est interrompue par la transmission d’une oreillette ou d’un drone... Tout en saupoudrant ses pages d'anecdotes savantes, l'auteur aborde aussi quelques sujets de société, par petites touches légères : l'homosexualité, l'écriture inclusive (😎), l'éducation laxiste 😜... Ce qui est sûr, c'est que, même si les Lutins urbains s'adresse au jeune public, Renaud Marhic a bien compris qu'il ne parlait pas à des crétins : ainsi, il lance toutes les perches susceptibles d'être attrapées.



J’ai trouvé que le voyage de Flicman et des deux créatures ressemble pas mal au périple d’Alice au Pays des Merveilles : il passe d’une péripétie à une autre, ne comprenant pas bien où se situe la réalité et où se situe l’altération faite par Groumf. Moi-même, par moments, je m’interroge : mais que s’est-il vraiment passé avec le serpent, à l’hôtel ? Et dans la fumée, à la fin du roman ?





J'ai passé un bon moment de lecture : j’ai trouvé Le péril Groumf alerte, taquin, enlevé, différent. Le style de l’auteur et son imagination sont un très grand point fort. J’ai cependant regretté d’avoir commencé la série par ce tome 4, car j’ai eu le sentiment d’être arrivée après l’initiation : j’aurais aimé assister à la découverte du monde des Lutins urbains mais aussi à la mise en place du décor sponsorisé...

Je compte le proposer au Fiction Club de mon collège et plus particulièrement aux petits 6e. Bien sûr, ce roman est abordable bien avant ; je dirais à partir de 8 ans.














dimanche 4 février 2018

Lecture VO - The Snow Rose, de Lulu Taylor



J’ai obtenu ce livre en Anglais d’une manière bien exotique : en territoire espagnol, sur une île des Canaries. Sur le comptoir d’un kiosque, au rez-de-chaussée de l’hôtel dans lequel je me trouvais, se trouvaient des livres que les clients avaient laissés, dans plein de langues différentes. J’ai pris le plus joli (Vous connaissez maintenant mon fétichisme des couvertures…😜) et celui que je pourrais lire le plus aisément (Y en avait en Allemand, en Russe… Faut quand même pas pousser...).

En faisant des recherches sur Internet, je me suis aperçue que ce livre venait juste de sortir en Anglais et qu’il n’était pas encore traduit en Français. Vous trouverez ainsi d'autres livres, Le Secret des hauts murs et Le souffle glacé du passé de Lulu Taylor, chez City Edition, mais pas encore celui-ci !

Je suis d'ailleurs plutôt fière de moi d’être parvenue à lire un livre en VO de presque 500 pages. J’ai mis un mois et demi : comme il était frustrant de ne parvenir à lire qu’une quinzaine de pages par heure seulement et que ça réclamait beaucoup de concentration, j’ai régulièrement fait des pauses pour lire un livre en Français…


De quoi est-ce que ça parle ?


Quand on rencontre Kate, elle est dans la voiture, sa petite fille de 5 ans, Heather, assise sur la banquette arrière. Elle fuit son foyer car son mari et sa famille veulent l’éloigner d’Heather. Jamais Kate ne nous en donne la raison, mais on devine chez elle un souci d'ordre psychologique...

La jeune mère a trouvé un endroit où se replier : une sorte de manoir abandonné, dans lequel elle devra jouer les gardiennes pour le compte d’une société, avec laquelle elle échange des mails. 

Bien qu’elle pensait vivre seule dans cette immense demeure, plusieurs visites impromptues viennent remettre en question la solitude qu’elle recherchait tant : deux vieilles sœurs, qui semblent en savoir long sur l’endroit et se montrent bien curieuses…, puis un groupe de jeunes gens qui gravitent autour d’un magnétique jeune homme, Archer.

Il semblerait que Kate ait à affronter le passé de la maison, en même temps que le sien propre…


Qu’en ai-je pensé ?


C’est amusant comme il est presque compliqué de donner son avis en Français quand on a vécu l’expérience en Anglais ! Mais je vais tenter quand même.

Le décor m’a énormément plu : toute l’intrigue se déroule dans le manoir ou dans le domaine où il se trouve. L’endroit est très grand, donc on le découvre petit à petit. Par ailleurs, il semblerait que Kate ne soit pas en mesure d’en explorer la totalité tout de suite. 
En plus, il s’agit d’un vieux manoir abandonné depuis bien trop longtemps et cependant, Kate aperçoit d’étranges traces de modernité : l’endroit est-il vraiment abandonné ? Que peut-on vouloir y faire ? Quel est le projet de cette société qui l’emploie ? Beaucoup de mystères s’accumulent autour du passé et de l’avenir de la maison.
Je ne sais pas si c'est la langue anglaise, ou la couverture du livre, ou encore l’influence de Rebecca, de Daphné du Maurier, mais j’ai eu l’impression d’avoir affaire à une demeure gothique, susceptible de renfermer de lourds secrets et à fort potentiel fantastique. 
J’ai donc été absolument charmée et intriguée par la maison, ainsi que par le dédale qu’emprunte Kate dans le domaine… Comme le personnage, et pas que, je me suis dit que l’endroit pourrait être un bon endroit pour se créer un petit Paradis à soi, dont on n’aurait pas besoin de sortir.
Refuge ou prison ? Paradis ou Enfer ?

L’histoire de Kate est très prenante. On devine une forte inquiétude qui la pousse à fuir ; elle se sent oppressée et perdue, comme on peut l’être par moments, dans sa vie. Au fur et à mesure qu’elle se livre, notre vision du personnage, et de son vécu, évolue considérablement, au point de nous réserver quelques surprises !
On s’attache à elle, grâce à la relation privilégiée qu’elle entretient avec sa petite fille, mais aussi parce qu’elle veut s’en sortir et que, visiblement, c’est compliqué. Pourquoi en est-elle arrivée à fuir ? 
D'autre part, Kate semble avoir des séquelles de quelque chose, ou bien les symptômes d’une maladie, mais de quoi s'agit-il ?

Avec l’entrée en scène des sœurs, le lecteur commence à s’interroger davantage sur le passé de l’endroit. C’est ainsi qu’une alternance narrative se crée entre le récit à la première personne, mené par Kate, et le récit à la 3e personne, qui nous plonge dans le passé des années 20, aux côtés de Letty, une jeune aristocrate, qui suit les frasques de sa grande sœur Arabella. Fantasque, celle-ci risque de mettre en péril son propre héritage, le manoir, ainsi que celui de ses sœurs. Cecily, la cadette, va-t-elle continuer d’essayer de manipuler Arabella ? Quel parti va prendre Letty ? Ecouter la voix de la raison ou suivre le chemin farfelu d’Arabella, qui s’est entichée d’un révérend excentrique, dont la présence rend son entourage extatique ?

Quand tout cela approche de sa résolution, j’avoue avoir retenu mon souffle à plusieurs reprises, car je ne savais pas jusqu’où les protagonistes de l’histoire allaient aller, ni jusqu’à quel point les deux histoires, passées et présentes, étaient liées.

J’ai aussi beaucoup aimé les thématiques abordées, ainsi que la façon dont elles l’ont été : le deuil d’un enfant, la désillusion d’un couple qui ne communique plus mais ne s’en rend pas compte tout de suite, la façon dont l’embrigadement a davantage d'emprise sur une personne fragilisée, comment des gens suscitent la peur pour mieux contrôler les autres… J’ai trouvé que Lulu Taylor étudie cela avec beaucoup de justesse.

Je n’ai malheureusement toujours pas bien compris le symbole du snow rose, une sorte de bonzaï qui donne des fleurs.  Il représente sans doute un microcosme, qui s’épanouit seulement si on en prend grand soin. Symbole positif ou négatif ? Qui ou quoi représente-t-il ? Kate ? Heather ? Le manoir ? Le Beloved ? (C’est qui, celui-là ? Je ne vous en ai pas parlé, hein ? Je saiiiiiiiiis : vous l’apprendrez en lisant le livre ! Gnagnagna...).


Bref, j’espère que ce livre sera bientôt traduit par City édition, car c’est un excellent thriller psychologique et historique. J’ai pris énormément de plaisir à le lire.

mercredi 31 janvier 2018

LEO, Mon secret est une chance, de Gwénaële Barussaud






De quoi ça parle ?

En 1869, alors qu’elle est sur le point de monter pour la toute première fois à Paris, car elle a été choisie, avec d’autres ouvriers, pour représenter l’usine Menier auprès de l’Empereur Louis-Napoléon Bonaparte (le numéro III), Léo apprend de ses parents, ouvriers eux aussi, qu’elle est en réalité Léonore Désilles, fille de bourgeois parisiens. Ces derniers avaient confiés leur fille à une nourrice, la mère de Léo, et ne sont jamais revenus la chercher.

Ce voyage à Paris est donc, peut-être, son unique chance de renouer avec sa véritable famille.
Elle qui, jusque-là, était plutôt satisfaite de sa vie, se retrouve confrontée à d’autres lieux, à d’autres gens, à d’autres valeurs. Son horizon s’élargit.



Qu'en ai-je pensé ?


Je dirais que ce roman historique comprend trois actes. J’ai trouvé le premier plutôt long, quoique je me sois régalée des descriptions de l’autrice, qui m’ont plongée dans le monde ouvrier du XIXe siècle. Mais le deuxième acte a réussi à véritablement m’accrocher : Léonore est à Paris, peut-être tout près de ses parents naturels. Comment va-t-elle gérer la proximité ?

J’ai apprécié de voir un personnage féminin qui s’ouvre à l’histoire de son époque et à son avenir. J’ai aimé que sa place dans le monde soit indéterminée, car cela lui permet de traverser différentes classes sociales, et différents lieux qui les représentent. Et puis qu’elle se lance ainsi, avec confiance, dans l’aventure qui s’offre à elle, respire le courage : une belle leçon pour les jeunes, et moins jeunes, filles !

A travers le personnage d’Emilien, vendeur de journaux aux grandes ambitions et aux idéaux révolutionnaires, on prend la température de l’époque : le désir des classes sociales inférieures d’avoir la possibilité de grimper l’échelle sociale, celui des autres classes de conserver leurs privilèges et, au milieu, un empereur qui s’est installé par la force et qui vieillit... Les tensions, mais aussi tout un monde de possibles, émergent.

Par ailleurs, avec la provinciale Léonore, le lecteur découvre le Paris de la fin du XIXe : les riches Parisiens s'amusent tandis que les pauvres triment à leur service ; et Haussmann est en train de mettre une sacrée pagaille dans les quartiers pour créer les grandes avenues dont nous bénéficions aujourd'hui !

Je trouve que Gwénaële Barussaud parvient très bien à faire revivre cette époque mouvementée de la fin du XIXe, en nous en offrant une représentation de toutes ses facettes, sociales, politiques et techniques, par le biais de jolies descriptions, de la tournure de pensée de Léo, la narratrice de l’histoire, et par le biais du langage, bien rendu !, des personnages. L’immersion se fait en douceur, sans verser dans le pédagogisme.

Quelques bémols, cependant, légers : contrairement à ce que pourrait faire croire le résumé de l’éditeur, je n'ai pas vraiment l'impression que Léo soit écartelée entre la loyauté qu’elle doit à la famille qui l’a élevée et celle qu'elle doit à sa famille naturelle. Selon moi, le vrai dilemme réside plutôt dans le conflit de loyauté à sa classe sociale, qui naît de la situation particulière de Léo.

Par ailleurs, l’évolution des représentations de Léo n’est pas toujours très crédible, car l’héroïne accepte parfois trop rapidement d’intégrer dans sa vision des choses une hypothèse qui n’a pas encore été validée par les faits, comme l'identité réelle de ses parents, par exemple.




Léo offre une magnifique immersion dans la France de la fin du XIXe siècle, tout en nous proposant le parcours initiatique d’une jeune fille, qui apprend à sortir de l’enfermement géographique et social dans lequel elle a grandi. En plus, c’est un tome 1 !!!! 



Recommandations : 
un roman historique à mettre dans les mains des jeunes filles, 
afin qu'elles connaissent un peu de l'histoire française sans avoir à se retenir de bâiller,
et qu'elles prennent un peu du courage de l'héroïne !