lundi 16 avril 2018

Bilan de ma #semaineà1000

Et voilà, la #semaineà1000 s'est terminée hier soir. Le démarrage a été un peu difficile et ça a été un réel challenge de parvenir à lire certains jours ; entre les nombreux rendez-vous de Mardi dernier et le Salon du livre de Montaigu Samedi, j'ai bien cru que je n'allais pas en venir à bout. Mais j'ai tenu bon !

Par contre, je n'ai pas tout à fait respecté ma PAL : c'est étonnant ! 😅



J'ai continué ma lecture de Kushiel, mais bien que déjà bien entamé, le tome s'est vite révélé long à lire. Bien que je l'apprécie beaucoup, ce long volume à la narration complexe, n'était clairement pas un bon choix pour une #semaineà1000 ; je l'ai donc mis en pause.

J'ai visité Le monde selon Britt-Marie : j'ai beaucoup ri et me suis bien vite attachée aux différents personnages. Vous pouvez lire le compte-rendu ici.

Quant aux Filles de l'astrologue, de Laurence Schaack, elles m'attendent, bien au chaud dans ma tablette. C'est quand même bien agaçant de ne pas parvenir à lire les fichiers de @Netgalley.fr sur ma Kobo...



Une vraie bonne semaine de lecture est faites de pas de côté (Y a qu'ça d'vrai !😇). En cela, je suis une spécialiste...

J'ai alors opté pour une petite relecture de Médiator, tomes 1 et 2, de Meg Cabot. J'ai découvert cette saga il y a quelques années en numérique et avais été frustrée de ne pas pouvoir lire le tome 5. Or, j'ai trouvé les 5 tomes en papier dans un Happycash à 1 euro pièce ! Quand je les aurai tous lus, je vous ferai un petit article dessus, tiens.



Dans la voiture qui nous ramenait du Salon du Livre de Montaigu (Il faut compter 4 heures de route), Audrey, Kathlyne et moi nous sommes fait un petit plaisir que seuls les vrais peuvent comprendre 😉 : on a commencé à lire ensemble l'une de nos prises du salon : La légende des quatre, de Cassandra O'Donnell, une lecture à voix haute si aisée et prenante que nous avons dévoré pas loin du tiers du roman !! Chronique à venir...


Je comptabilise donc 1109 pages/1000 : challenge réussi ! Whoop whoop !! 💃💃💃
Ma page challenge dans mon Journal de Lecture


Et vous ? Avez-vous participé à ce challenge ? Cela vous tenterait-il ?



dimanche 15 avril 2018

Le monde selon Britt-Marie, de Fredrik Backman




Obtenu grâce à une #MasseCritique privilégiée de Babelio, ce livre est une bouffée d’oxygène.



Britt-Marie est seule. Plus de mari à entretenir. Des enfants, (pas les siens) bien trop grands pour donner des nouvelles. Obsédée par ce qui est convenable ou pas, elle veut à tout prix obtenir un travail. A force de ténacité, elle obtient un emploi dans un patelin perdu : gardienne pour 3 semaines à la MJC de Borg, job voué à disparaître comme tous les jobs et boutiques de la ville. Là, seuls les pizzas et le foot tiennent encore ses habitants debout : rien, mais alors rien à voir avec Britt-Marie et sa maniaquerie du ménage...


Quel drôle de personnage que Britt-Marie ! Mon dieu, ce qu’elle peut être agaçante ! Moi, qui ne supporte pas les boulets dans les films que je regarde (les grands blonds avec une chaussure noire, tout ça...😷), les subissant au moins autant que les personnages, j’aurais failli passer à côté d’elle si je n’avais décelé chez elle une faille, une souffrance.


"Certaines personnes ne comprennent pas l'intérêt des listes, mais Britt-Marie n'en fait pas partie. Elle en a tellement, elle est obligée de tenir une liste de toutes ses listes. Sinon, n'importe quoi pourrait arriver. Comme mourir. Ou oublier de racheter du bicarbonate."


Car voyez-vous, Britt-Marie se raccroche à ce qu’elle connaît, parce qu’elle est aussi perdue et sans but que la petite ville dans laquelle elle va séjourner. Alors oui, elle est psychorigide, a un sens aigu, mais absurde, de ce qui se fait ou pas, est une maniaque du ménage et doit lutter contre tous les préjugés qu’elle a envers la pauvreté, la crise, le foot... Mais en réalité elle fait juste ce qu’elle peut pour appréhender un monde qu’elle ne connaît pas.
Car voyez-vous, à soixante-trois, elle n’a jamais vraiment vécu par elle-même et pour elle-même.
Britt-Marie est drôle, malgré elle, et touchante, parce que terriblement humaine.


"Pendant un temps, jeunes adultes, (les enfants) promettaient encore de leur rendre visite pour Noël. Puis ils avaient commencé à avancer des prétextes. Au bout de quelques années, ils ne s'embarrassaient plus d'excuses. Désormais, ils ne faisaient même plus semblant de vouloir venir. La vie était ainsi faite. Au bout du compte, on repartait les mains vides."


Borg est une petite ville en bord de route, abandonné par les autorités, qui le laissent mourir à petits feux, voire en hâtent la fin. Ses habitants l’abandonnent, faute de travail et de perspective d’avenir. Ne restent que les vieux et des jeunes laissés à eux-mêmes.
Son centre névralgique est la pizzeria qui fait aussi office de bureau de poste, d’épicerie, de garage, de café... où on se réunit pour regarder les matchs de foot. Elle est tenue par une femme en fauteuil roulant, qui boit beaucoup trop, mais qui sait accueillir Britt-Marie, à sa façon un peu rude. Deux enfants vont et viennent, Vega et Omar, qui s’affrontent au foot à côté de la pizzeria et devant la MJC, sur un terrain  de fortune, délimité par des canettes de soda et éclairé par les phares d’une voiture. Vega est mordue de foot et Omar vous trouve tout ce dont vous avez besoin. On les aime de survivre comme ils peuvent. Et on apprend à aimer leur grand-frère, Sami, tout aussi paumé qu’eux, mais qui tient leur famille à bout de bras et se montre d’une loyauté sans faille. N’oublions pas Sven, le policier, qui prend soin des habitants de Borg mais ne fait pas le poids devant la misère sociale et les petites frappes.
D'un abord triste, sale et misérable, la ville n'a rien d'une station touristique, pas même l'attrait d'un relai routier ; on aurait presque peur d'y rester bloqué, à l'image de ses habitants, si on s'y arrêtait. Mais, quand on fait connaissance avec ceux qui restent, qui ont abandonné ou pas, on est intrigué par ces personnages, un peu étranges, mais dont la solidarité finit par nous les rendre attachants et la ville, soudain, prend du galon.

Si la rencontre est détonnante, peu à peu, la trop droite Britt-Marie et les habitants de Borg apprennent à se connaître, surtout quand Britt-Marie devient malgré elle l’entraîneur de foot des enfants ! Chacune des deux parties sait tirer de l’autre ce qu’il lui manquait : le sens de l'adaptation, l’ouverture aux autres, le fait de prendre soin les uns des autres, mais aussi de soi, l’espoir...


"Elle place également des verres devant les enfants. L'un d'eux, celui que Britt-Marie ne décrirait jamais comme "obèse", mais qui donne l'impression d'avoir souvent chipé la limonade de ses camarades, lui dit avec entrain qu'il "préfère boire dans une canette".
- Certainement pas, ici on boit dans un verre, articule impitoyablement Britt-Marie.
- Pourquoi ?
- Parce que nous ne sommes pas des animaux.
Le garçon observe sa canette de limonade dans un silence songeur, puis demande :
- Il y a des animaux qui arrivent à boire à la canette, en-dehors de l'homme ?"


Autour du foot. Oui, vous m'avez bien entendue : le foot, un sport qui me laisse franchement indifférente. Mais voilà, le narrateur en parle si bien, cette passion, qui finit par contaminer la moins footeuse des personnages, est le point d'orgue du roman, le prisme qui révèle à la fois la misère sociale, le désir et la possibilité de s'en sortir.


"La passion est enfantine. Banale et naïve. Elle n'est pas acquise, mais instinctive, nous submerge. Nous renverse. Nous entraîne. Les autres sentiments appartiennent à la terre, mais la passion relève de l'univers. C'est pour cela qu'elle en vaut la peine. Pas pour ce qu'elle nous apporte, mais pour ce qu'elle nous demande de risquer. Notre dignité. L'incompréhension d'autrui et les signes condescendants de la tête.
Quand Ben marque le but, Britt-Marie pousse un cri. Ses semelles quittent le sol du gymnase. Il y a peu de gens qui reçoivent une telle bénédiction en plein mois de janvier. L'univers."


Après avoir ri des jugements à l’emporte-pièce de Britt-Marie et des situations embarrassantes dans lesquelles elle se met, elle-même ou les autres, on s’attache à l'héroïne et à ceux qui parviennent à aller au-delà de la rudesse de ses jugements et on se sent transporté de voir que les uns et les autres se font du bien, qu’on peut revenir d’où l’on est descendu.

La narration est bien menée. Le narrateur nous guide d'un lieu à l'autre, d'une étape de la vie de Britt-Marie à une autre. Certaines de ses affirmations, la façon dont il nous dépeint le monde, montrent une vision très juste des rapports humains.

" Parfois, il est plus facile de vivre sans se connaître quand on sait au moins où on est."

Voilà donc un livre qui nous regonfle à bloc ! Pas de sentimentalisme, pas d'apitoiement, une représentation réaliste d'une petite ville touchée par la crise et d'une femme, arrivée au terme d'une étape de sa vie, qui vont apprendre à rebondir, ensemble.



dimanche 8 avril 2018

Ma PAL pour la semaine à mille

Comme vous le savez peut-être, tous les mois, durant une semaine, un petit groupe, initié par le Petit Pingouin vert se retrouve sur Facebook et résiste encore et toujours au #weekenda1000 qu'aucun de ses membres ne parvient jamais à boucler, en contrattaquant avec la #semaineà1000 !! Le principe est simple : il s'agit de lire 1000 pages en une semaine, une bien belle façon de faire descendre un peu tous les mois sa PAL vertigineuse.

Voici donc mon programme de lecture :


A gauche, vous repérez La Marque, tome 1 de Kushiel de Jacqueline Carey. Je me suis laissé tenter par la vidéo de Sailor Flo (Pour la visionner, cliquez simplement sur son nom). 

Dans un univers fantasy, où on "aime comme (on) l'entend", le monde des Courtisans joue un grand rôle. Phèdre, l'héroïne, porte la marque de Kushiel, mais pas n'importe laquelle, celle des anguissettes, des courtisanes qui aiment en souffrant. Recueillie par un homme qui est passé maître dans les intrigues de Cour, elle va non seulement apprendre son art mais aussi à recueillir des informations auprès de ses clients.

En l'ouvrant dans ma liseuse, je ne me doutais pas du monstre qu'il était : 840 pages, Mesdames et Messieurs ! A lui seul, il y a de quoi entamer une bonne partie du challenge. Sauf que... Je l'ai déjà entamé : il me reste 680 pages à lire.



Au centre, Le monde de Britt-Marie, du Suédois Fredrik Backman. J'ai eu la chance de recevoir ce livre grâce à une #Massecritique privilégiée de Babelio. 

Britt-Marie a une vision bien arrêtée du monde : elle est maniaque de la propreté et du rangement ; elle a construit toute sa vie autour de son mari Kent et des enfants de celui-ci qu'elle a élevés. Mais voilà qu'à soixante-trois ans, elle se trouve seule. Comme elle souhaite à tout prix trouver un travail, parce que c'est plus "convenable", elle devient la gardienne d'une MJC mourante dans un petit village mourant. 

Commencé hier, il me plaît beaucoup, bien que Britt-Marie est PRODIGIEUSEMENT agaçante. Pour le moment, il me reste environ 300 pages à lire. Je ferai une maj demain, après avoir poursuivi ma lecture...



A droite, se trouve Les filles de l'astrologue, de Laurence Schaack, dont Rageot et Netgalley m'ont gentiment mis à disposition la version numérique afin que je donne mon avis.

Les quatre filles de l'astrologue sont contraintes de fuir séparément, quand le roi Louis XIV interdit la pratique de l'astrologie et arrête leur père. Que va-t-il arriver à chacune d'entre elles ?

Ce livre comprend 352 pages.



Me voici donc avec une PAL d'environ 1300 pages... Je suis encore très gourmande, je le sais. Disons que si je termine Britt-Marie et les filles de l'Astrologue et que j'avance dans Kushiel, je serai très contente. Voilà ! 


Participez-vous à ces challenges qui consistent à lire un maximum de pages ? 




jeudi 5 avril 2018

Un excellent moment avec Rubis et sa clique !




Acheté lors d'une frénésie d'achats de bandes-dessinées et mangas, Rubis et sa clique, d'Eddie Pittman a été une belle découverte.

Rubis est en famille d’accueil ; ce n’est pas la joie car elle n’est pas très sociable et a du mal à trouver sa place. Alors qu’elle tente une énième fugue pour qu’on la change une nouvelle fois de famille, elle est enlevée par un vaisseau spatial, qui est attaqué et atterrit en urgence, avec toute la collection (composée de créatures de divers mondes) des propriétaires, sur une planète.
Elle, qui ne voulait pas cohabiter avec d’autres petits humains, va devoir le faire avec d’autres extraterrestres, dont deux énormes plantes carnivores, un couple de cyclopes, une mère blob et son fils, un lézard...




Les dessins permettent à la fois de s’attacher aux personnages, de s’évader, grâce à l’exotisme des créatures et de l’univers créés, et de se mettre dans l’action. Ils démontrent un certain savoir-faire de la part de son auteur, Eddie Pittman.




La narration emprunte beaucoup aux dessins animés d’action, aux comics (dans la composition des planches), aux mangas (par l'intérêt porté aux expressions faciales et aux focus sur les détails), mais aussi aux courts strips, dont il reprend les gags. C’est drôle, malin et alerte.


Rubis est un sacré phénomène, têtue et débrouillarde. Elle se retrouve, à la manière de Valérian et Laureline, être la dernière humaine parmi des extraterrestres.

Le message de fond est parlant : pour survivre, il faut faire front, malgré les différences de culture, de modes de vie de chacun.


Ce premier volet introducteur permet au lecteur de découvrir le personnage principal et sa clique, ainsi que l’endroit dans lequel ils vont devoir vivre ensemble. Il donne le ton : l'histoire est très bien rythmée, ses personnages sont bien campés et tout reste à faire. 
Je n’ai donc qu’une envie : avoir le tome 2 entre les mains ! Comment la fine équipe va-t-elle  s'adapter à son nouvel environnement ?


lundi 2 avril 2018

Si j'avais un perroquet, je l'appellerais Jean-Guy (Parce que Coco, c'est déjà pris), de Blandine Chabot



J’ai commencé Si j’avais un perroquet, je l’appellerais Jean-Guy, en pensant avoir affaire à une comédie romantique, légère et rapide à lire. Eh bien non !
La lecture a été rapide, oui, mais pas toujours légère, malgré l'humour de l'autrice. Et comme vous allez pouvoir le constater, on aurait tort de la résumer à une romance.


Catherine est à l’arrêt dans sa vie amoureuse depuis deux ans, après qu’elle a été trompée de la façon la plus affreuse qui soit. Et sinon, elle a un chat, qu’elle a appelé Luc, une copine coiffeuse, Bénédicte, une meilleure amie, Margaux, prête à partager le pire comme le meilleur, un job de prof de Français. Et sinon, elle ne mâche pas ses mots.
Un marque-page, découvert au hasard d'un livre emprunté à la bibliothèque et sur lequel est inscrit un nom d’homme, un numéro de téléphone et une invitation à appeler, va servir de déclencheur à l’histoire.


D’aucuns se sont plaints de la narration qui n’a ni queue ni tête, et c’est vrai que je me suis souvent demandé où l’autrice voulait en venir. Mais, si on prend les choses autrement, si on considère ce roman davantage comme un drame, on est à même de comprendre que c’est la vie qui nous est décrite ici, avec ses hauts et ses bas. Peu à peu, Catherine dévoile son quotidien, ce qui la hante et ce qu’elle espère ; peu à peu, on la voit qui évolue, clôt certains chapitres et en ouvre d’autres.


"J'ai acheté une boîte.
De pénis.
En chocolat.
J'ai acheté des pénis en chocolat dans une boîte, quoi.
J'ai acheté du chocolat qui est dans une boîte et qui est en forme de pénis. Les chocolats, pas la boîte.
Les pénis que j'ai achetés pour ma copine, eh bien ils sont en chocolat.
Ma copine va manger des pénis en chocolat.
Je voulais que nous nous éclatassions un petit coup, que nous débridassions furtivement nos courtes existences, que nous encourageassions la pornographie et la dépravation le temps d'une vêpres ; j'achetasse donc une boistelette avec, en son sein, une demi-trentaine de chocolats dont la forme eût été calquée sur l'appareil génital masculin.
D'une grosse quantité de chocolat ont été engendrés de petits pénis, lesquels ont été disposés dans un joli coffret, lequel sera offert à mon amie Margaux.
Et le cacao devint pénis. Et les pénis devinrent cadeau."


La narration, assez décousue, surtout au début du livre, est à l’image des pensées : tantôt la narratrice est dans son sujet, tantôt elle s’en éloigne. La nature même de ses propos s’assimile au contenu sans filtre des pensées : Catherine nous dit tout, et même assez crûment. J’ai apprécié ce travail sur le style, qui en rebutera probablement certains, car il propose une idée réaliste de ce qui se passe dans la tête de quelqu’un et cela semble plus approprié au discours intérieur d’un narrateur qu’une histoire racontée de manière chronologique. Par ailleurs, il offre de nombreuses ouvertures, vers différents registres, différents thèmes : soudain, on explose de rire, au tournant d’un trait d’humour, ou on se retrouve la gorge aussi serrée que la narratrice quand elle décrit une situation insupportable avec des mots aussi rudes que cette dernière.


"Il m'avait je t'aime alors que nous n'avions encore jamais passé un jeudi ensemble. Et je lui ai ouvert mon coeur.
Voilà deux ans que je lui souhaite une mort hâtive et douloureuse tout en m'ennuyant de cet instant précis où son visage passe de neutre à radieux."


Catherine est un personnage hors-norme. Elle a un humour ravageur, un cynisme à toute épreuve, est d’une crudité qui vous fait suffoquer mais elle est aussi très humaine, touchante par son vécu et dans les combats qu’elle choisit, aussi bête que soi quand on fait de mauvais choix. On n’a qu’une envie : c’est qu’elle retrouve l'équilibre qu'elle a perdu, car finalement, sur les sentiments, elle reste assez pudique.


"Je suis en pyjama à 18 heures, oui. Cela amène inévitablement la questions suivante : ai-je passé la journée en pyjama ou me suis-je déjà mise en pyjama ? Dans le premier car je passerais pour une sacrée fainéante, dans le second pour une sacrée mémère. Toute vérité n'est pas bonne à dire, ainsi me contenterai-je de préciser la couleur et la texture de mon habit d nuit : je porte de la soie noire. Cela signifie donc que, s'il s'avérait effectivement que je sois une mémère, je ne le serais qu'à moitié. Décorés de rayures, de pois ou de nounours, les pyjamas me causent différents ennuis psychologiques, principalement de la dépression et de la neurasthénie."


Son histoire, comme dans la vie, n’a ni queue ni tête, le meilleur côtoie le pire, le trivial côtoie le sublime. Et pourtant, on y trouve son compte, car, parmi tous les évènements qu'elle traverse, Catherine avance, et le lecteur aussi.


C’est un roman plein d’énergie et positif, qui raconte la vie comme elle est. L’héroïne est un exutoire à pas mal de frustrations tout en servant d’exemple à bien des niveaux. Je le recommande aux tristes et aux apathiques, en guise de thérapie, aux joyeux et aux dynamiques, parce qu’ils n’y perdront rien. Quant aux psychorigides de la narration strictement linéaire, passez votre chemin, pour votre bien et celui de l’art : le travail opéré sur le style par l’autrice mérite d’être loué et non critiqué.



mercredi 28 mars 2018

L'impertinence du Mot, d'Hélène Tirole et Jean-Robert Léonidas




Qu’est-ce donc que l’impertinence du mot ? Quelle définition lui donner ? 




Présenté comme un dialogue entre une femme du Nord qui interroge les mots et un écrivain du Sud passionné de mots, l’impertinence du mot n’est pourtant pas la correspondance que j’imaginais. Dans cor-respondance, il y a "réponse" et partage ("co-"), ici la communication se fait à sens unique, d’Hélène Tirole qui s’essaie à définir le mot à Jean-Robert Léonidas qui, la lisant, apporte sa contribution, son regard. S’il y a correspondance, c’est uniquement quand le lecteur , qui lit de l’un à l’autre, recrée les liens entre ses textes dont seul le second répond au premier. Mais pourquoi pas ?


Hélène Tirole apparaît alors comme une apprentie qui s’empare de concepts, parfois maladroitement, et Jean-Robert Léonidas comme le maître-mots, celui dont la plume s’autorise à divaguer, à détourner, à faire écho de différentes façons.


"Vous êtes-vous un beau jour donné la peine de chercher le mot "mot" dans le dictionnaire ? Moi, jamais. Chacun porte en soi le sens de son mot, une sorte de définition singulière qui fait de ce petit bijou de trois lettres un objet d'art plutôt qu'un élément d'observation ou d'étude." 
(Jean-Robert Léonidas)


Ainsi, convoquant les mots des auteurs, dont on appréciera les citations belles et pertinentes, Hélène Tirole tente d’évoquer les différentes dimensions du mot : ce qu’il est, ce qu’il n’est pas ; le rôle que petits, nous lui avons attribué inconsciemment ; sa pertinence ou sa non-pertinence ; ce qu’il parvient à dire et tout ce qu’il ne dit pas ; ce qu’il éclaire du monde et ce qu’il obscurcit ; l’usage qu’on en fait, plus ou moins consciemment, plus ou moins adroitement ; comment il s’inscrit dans nos vies. Elle compare le mot et la littérature à la musique et dit son amour de la littérature.


"Ce que j'ai dans le coeur, il faut que cela sorte..." 
(Beethoven, cité par Hélène Tirole)

"Il y a des gens qui retirent volontiers ce qu'ils ont dit, comme l'on retire une épée du ventre de son adversaire." 
(Jules Renard, cité par Hélène Tirole)


Mais ma lecture des textes d'Hélène Tirole a souvent été un peu laborieuse. J'ai éprouvé des difficultés à les comprendre, car la langue de l'autrice se situait à mi-chemin entre la théorie et l'écriture poétique. Le choix des citations était remarquable, mais les réflexions qui les accompagnaient, ne me parlaient pas toujours. Ainsi en a été de "Lire autrement", qui aborde les différents modes de lecture pour parler de la lecture rapide, que l'autrice enseigne. Parfois aussi, je trouvais l'idée insuffisamment approfondie (Il y aurait tant à dire à comparer littérature et musique !) ou le texte sans réel enjeu.

Les mots d'Hélène Tirole mots auraient sans doute couru le risque de rester lettres mortes si Jean-Robert Léonidas n’avait pas écrit en écho. Ses mots à lui montrent dans les faits ce qu’ils disent ; ils transcrivent son regard ; ils transcrivent ce qu’il est entre leurs lignes. Imprégnés du soleil Antillais, de sa faune et de sa flore, de sa musique, de son histoire et de sa posture, ils ajoutent le supplément d’âme auquel n’accède pas, selon moi, Hélène Tirole. Car pour parler des mots et de la littérature, il faut donner de soi. 

La langue de Jean-Robert Léonidas est fluide, parsemée de souvenirs, d'impressions, de figures de style : elle nous entraîne à sentir, plutôt qu'à concevoir, à expérimenter, plutôt qu'à théoriser.


"Lorsque j'écris, comme une bête d'habitude, je me retrouve dans une posture où tous mes sens sont en alerte. Me reviennent alors les chants, les sons et les frissons de l'enfance, les images et la luminosité du cinéma de la vie, les odeurs du passé agréables ou moins bonnes qui font la queue pour réclamer leur place comme des tableaux sur la cimaise du présent." 
(Jean-Robert Léonidas)


Les dessins de Jean-Louis Jacopin, qui ponctuent l'alternance des écrits d'Hélène Tirole et de Jean-Robert Léonidas illustrent à merveille les deux approches des auteurs : la conceptualisation de l'autrice et le rapport sensuel que l'auteur entretient avec les mots et la littérature.


Revenons donc sur le titre, L'impertinence du mot : une sacrée trouvaille ! L'ayant d'abord compris comme une liberté attribuée à l'expression, une liberté de jouer avec les mots, les sons, de détourner les concepts et d'oser dire au mépris du convenable, je me suis rendu compte, au fur et à mesure de ma lecture, que l'ouvrage montrait plutôt le manque de pertinence du mot, qui tel un outil imparfait mais qu'on adore utiliser, ne parvient à exprimer que de manière ambiguë et partielle notre rapport à nous-mêmes, aux autres et au monde. Si impertinence il y a (au sens audacieux du terme), elle se situe dans la posture de Jean-Robert Léonidas, qui répond à la prose d'Hélène Tirole, en faisant un pas de côté.






***

Chez le même éditeur, retrouvez un livre qui m'a infiniment plu :

dimanche 25 mars 2018

5 séries avec un supplément d'âme

Bonjour, vous ! Comme vous le savez, je suis une grande consommatrice de série. Le hic, c'est que je n'ai pas toujours le courage d'en faire une chronique (ça rime, héhé !). Je vous propose donc un petit condensé de séries bonnes pour le coeur et pour l'esprit, susceptibles de nous faire voir la vie autrement, sous un jour plus clair, ou plus sombre, drôle ou émouvant, en tous les cas, profondément humaines. C'est ce que j'appelle avoir "un supplément d'âme".



Une famille est mise sens dessus dessous quand le fils aîné, adolescent atteint du trouble autistique, commence à s'intéresser au sexe.




>> Pour ses personnages, tous atypiques et tous revigorants. Sam, le garçon autiste dit tout sans filtre. D'ailleurs, il confie aux spectateurs ce qu'il a dans la tête, grâce aux séances avec son psy, auxquelles nous assistons.
Sa petite soeur, une jolie jeune fille, athlétique et peu féminine, se coupe de pas mal de choses pour jouer son rôle de protectrice auprès de lui, mais voilà, elle tombe amoureuse et elle aimerait pouvoir vivre son ambition.
La mère, qui s'est jusque-là, définie dans son rôle de mère d'enfant autiste, perd les pédales, quand elle s'aperçoit que son fils s'émancipe.
Le père, un vrai gentil, peine quant à lui à trouver sa place au sein de la famille.

>> Parce que la série est tout à la fois drôle et touchante : Sam chamboule toute la famille en cherchant à devenir autonome, pour le meilleur comme pour le pire.








Cette série raconte la vie chaotique d'une jeune mère célibataire, qui jongle entre son jeune fils, son ex, ancien alcoolique qui refait sa vie, sa mère, bipolaire, ses propres rêves et son passé.




>> Parce qu'elle est drôle et décomplexante
>> Parce qu'elle a été réalisée par son actrice principale, qui a une écriture juste et incisive. Les épisodes sont rythmés et montrent la dureté, parfois absurde, de la vie, tout en nous invitant à entrer dans les fantasmes d'une trentenaire.




Dans un futur pas si lointain, de jeunes femmes fertiles sont chassées, embrigadées puis prêtées à des familles en mal d'enfant, pour leur en donner un.




>> Parce qu'elle fait froid dans dos ? Qu'elle semble dépeindre un futur tout à fait réaliste ? Voire le présent, puisque le rôle des femmes est très discuté ces temps-ci, entre ceux qui revoient le droit des femmes à disposer de leur corps en interdisant l'IVG par exemple..., mais aussi les cas d'excision, qui sont encore bien trop monnaie courante... etc.

>> Parce que c'est un manifeste par une femme (Margaret Atwood, l'actrice du livre adapté à la télévision) pour les femmes.






Un jeune homme d'origine pakistanaise emprunte un soir le taxie de son père pour aller à une soirée. En chemin, une jeune femme le hèle ; sous le charme, il la prend en stop. S'en suit toute une série de mauvais choix qui vont avoir une répercussion énorme sur le reste de sa vie.




>> Pour les personnages, remarquablement campés : le jeune homme, Naz, joué par Riz Ahmed, conserve beaucoup de zones d'ombre, bien que le spectateur se sente immédiatement de son côté ; l'avocat, joué par John Turturro, est magnifique : affligé d'un eczéma géant, qui l'handicape vraiment, il maîtrise les arcanes judiciaires, mais se lance dans une affaire un peu trop grosse pour lui.

>> Pour l'intrigue, qui se referme irrévocablement sur ses personnages, telle une tragédie grecque.

>> Pour l'univers abordé : c'est un vrai lever de voile sur le système judiciaire que cette série nous propose, dénudant une à une toutes les pièces du puzzle, depuis l'arrestation de Naz qui montre comment fonctionne la police jusqu'à son enfermement en prison, qui met en lumière l'univers carcéral, et son procès, qui donne lieu à des négociations...








Dans une université, de jeunes étudiants noirs tentent de trouver leur place, malgré le racisme, entre négociations et revendications.




>> Pour la culture (les cultures ?) qui y est véhiculée. On vit au jour le jour avec chacun des étudiants noirs appartenant à une même communauté dans une université. C'est l'occasion de s'imprégner d'une culture qui est trop peu représentée sur les écrans.

>> Parce qu'on y voit comment chacun vit avec son statut de noir, ou de blanc, comment il se l'approprie et comment sa couleur de peau est perçue par les autres.

>> Parce que ces étudiants sont très impliqués dans les combats sociaux d'une minorité et que tout est bon à prendre dans ces cas-là, car le combat d'une minorité est le combat de toutes les autres.


Et vous ? Quelles sont les séries que vous recommanderiez ? Celles qui vous ont fait du bien ? Celles qui vous ont aidé à prendre conscience de quelque chose ?



***

Cet article vous a plu ? Vous pourriez apprécier ceux-là :